BERTRAND LARADE

Le baron de Lassus est le premier à s'être intéressé à la vie et à l'oeuvre de Larade. Dans un article de 1897, il a livré l'essentiel des éléments dont on ait jusqu'à ce jour disposé au sujet de l'existence qu'a pu mener l'auteur de La Margalide Gascoue et de Meslanges.Bertrand Larade a eu la bonne idée de nous indiquer lui-même l'année de sa naissance,1581:

Mille cing cent hoeitante & un

Larade be prengouc nechensse,

Quy nou counegue quadaun

Assy aura sa counechensse.

Grâce à un sonnet de La Margalide Gascoue, nous savons d'autre part qu'il est né à Montréjeau, ainsi que son père.

En Mourejau mon pay prengouc neichence,

E son pay gran y hec sa residence,

Et iou taben aquiou que souy nescut

  Ces mêmes vers nous apprennent en outre que la famille n'est pas tout à fait originaire de Montréjeau puisque c'est l'arrière-grand-père de Bertrand qui est venu s'y établir. En 1563, un Pey de Laralde est consul de Montréjeau. Il s'agit du grand-père de Bertrand le futur poète Nous retrouvons Bertrand Larade, « escholier de Montreal de Rivière en Comminges », en 1598, à l'âge de dix-sept ans donc, bien loin du pays de Rivière, à Villasav (11), en Bas-Languedoc.En 1601, l'année de ses vingt ans, Bertrand Larade est mentionné d'une façon   indubitable dans un ouvrage qui nous précise qu'il participe à des recherches sur l'extraction des minerais dans la région du Larboust avec Monsieur de Malus sous l'autorité du Maréchal D'Ornano. En 1603, Bertrand Larade est toujours « escholier de la ville de Montreal ». Toutefois, les personnes auxquelles Larade dédie en 1604 ses sonnets dans le recueil des Meslanges nous révèlent que ses liens avec Montréjeau sont particulièrement nombreux. D'autre part, si l'on accepte comme vrai l'épisode amoureux raconté dans "La Margalide Gascoue" , on peut inférer la présence de Larade à Montréjeau avant 1604. Même si cette domiciliation n'exclut pas, loin s'en faut, des séjours à l'extérieur de la ville, il semble clair que Larade a passé une bonne partie de la période 1598-1603 à Montréjeau. En effet, c'est dans cet intervalle qu'il faut situer l'événement que retrace La Margaude Gascoue, la liaison plus ou moins douloureuse. Entre Larade et la jeune montréjeaulaise prénommée en occitan Margaude (fr. Marguerite) A l'en croire, le poète est tombé amoureux à l'âge de 17 ans.Nous sommes donc en 1598-1599. À de nombreuses reprises, il indique que sa passion a duré cinq ans.Il faudrait alors placer en 1603, au plus tard en 1604 cette présence dans la capitale languedocienne. C'est à Toulouse que Bertrand Larade fait imprimer par Raymond Colomiès ses deux premières oeuvres, La Margalide Gascoue que suivent les Meslanges. C'est à ce moment débute la périodetoulousaine de la vie du poète. À une époque où la littérature et la position sociale sont intimement liées, Larade est condamné, s'il veut réussir, ne serait-ce que littérairement, à s'insérer dans ces cercles et a profiter de la structuration pyramidale dela société et de ses réseaux sociaux. Si nous ignorons tout de la façon dont il a fait connaissance avec Pierre Hurault de l'Hospital et Alexandre-Paul Filère, nous pouvons supposer que c'est par leur entremise qu'il accède à l'intimité des personnes parmi les plus en vue de la société toulousaine. La parution de deux ouvrages de 1607, chez le même imprimeur, prouve que cette insertion se réalise dans des conditions qui ne sont pas des plusmauvaises. Manifestement intime de la puissante famille des Filère et des du Faur de Saint-Jory, Larade cherche, dans le même temps, à s'intégrer par un autre biais à la haute société toulousaine. Depuis leur fondation au XIVC siècle, les Jeux floraux représentent à la fois un lieu de création littéraire et un instrument de pouvoir. Cette collusion entre prestige littéraire et prestige social n'a fait que s'accroître tout au long du xvie siècle. Il n'y a dès lors rien d'étonnant à voir Bertrand Larade, si épris de gloire littéraire, prendre à trois reprises part au concours du mois de mai.

Mais il faut attendre l'année suivante, 1610, pour que Larade remporte le trophée, l'églantine. Paradoxalement sa carrière poètique est terminée ; il retourne à Montréjeau. En 1621, soit dix ans après la cérémonie de remerciement aux Jeux floraux, on retrouve Larade ,cette fois-ci, sa profession est indiquée: Bertrand Larade est «substitut de M' le procureur du Roy au siège de ladite Ville [de Montréjeau] ». A partir de cette date, les apparitions de Larade, pour être assez sporadiques, n'en sont pas moinsconstantes. Le 8 décembre 1621, nous apprenons qu'il est « advocat au siège royal de ladite Ville [de Montréjeau] ». Le 18 mars 1625, Larade exerce les mêmes fonctions". En 1631, par un acte du 1"janvier, nous découvrons que Larade toujours substitut du procureur, est «bachelier ex droictz ». Trois ans plus tard, le 4juillet 1634, est passé devant   M. Pierre Cartier, notaire à Montréjeau, un acte de « gazailhe » pour M' Bertrand de Larade. Un an après, le 2 juillet 1635, Bertrand Larade est cité dans une reconnaissance de dette en faveur de son oncle Jean Dupuy. Cet acte est le dernier que nous ayons trouvé montrant Larade vivant. En effet, un acte pour M' Dupuy en date du 24 mai 1637 nous informe que Pierre Cartier, « advocat », a été nommé curateur de «feu M' Bertrand de Larade quand vivoit substitut de M' leprocureur royal ».

La mort de Bertrand Larade est donc survenue entre le 2 juillet 1635 et le 24 mai 1637. Il avait au moment de son décès entre cinquante-quatre et cinquante-six ans.

Bertrand Larade demeure un des poètes essentiels de la Renaissance Toulousaine avec Pierre Goudouli et   Guillaume   Ader il y a quelques années il fut au programme de l' agrégation d'occitan   et son oeuvre est encore étudiée.

Il nous faut signaler que cette petite biographie a été écrite à l'aide de l'ouvrage de M. Jean-François Courouau spécialiste de la Renaissance paru aux éditions « section française de l'Association Internationale d'Etudes Occitanes » en 1999 sous le titre « Bertrand Larade », et de la petite anthologie de laRenaissance Toulousaine de 1610 par Robert Lafont aux éditions «   Edouard Aubanel Editeur » 1960.

Fac/similé des éditions originales de "la Margalide" et des "Meslanges" édition de 1604.